dimanche 2 mars 2014

Les Houry, éditeurs de livres scientifiques et de l’Almanach royal




Jean d’Houry (1611-1678), fondateur d’une dynastie de libraires et imprimeurs parisiens, fils de Jacqueline de Roussel et d’Antoine de Houry, vigneron à Jaux (Oise), apparut à Paris le 7 janvier 1629, quand il entra en apprentissage chez la veuve de Fleury Bourriquant, libraire en l’île du Palais [île de la Cité], vis-à-vis des Augustins, à l’enseigne du Lys fleurissant. Le 27 mai 1635, il contracta mariage avec la petite-fille de sa patronne, Madeleine, fille de François Beauplet, libraire, et de Dauphine Bourriquant. Installé depuis plus d’une dizaine d’années au bout du Pont-neuf, sur le quai des Augustins, à l’Image saint Jean, il fut reçu maître libraire le 26 août 1649 et s’intéressa alors particulièrement à l’édition de livres d’alchimie et de médecine :




L’Or potable qui guarit [sic] de tous maux, par le R. P. Gabriel de Castaigne (1660),




Canadensium plantarum aliarumque nondum editarum, Historia, par Jacques Cornut (1662), Questions nouvelles sur la sanguification & circulation du sang, par P. de Betbeder (1666), Divers traitez de la philosophie naturelle (1672), 


Nouvelles experiences sur la vipere, par Moyse Charas (1672),



Observations sur la pratique des acouchemens [sic] naturels contre nature et monstreux [sic], par Cosme Viardel (1674),


L’Art de guérir les maladies vénériennes, par Nicolas de Blegny (1677-1678), Discours philosophiques sur les deux merveilles de l’art et de la nature, par Des Comtes (1678), etc. Il mourut au mois de novembre 1678.



Laurent d'Houry


Dès 1665, Jean d’Houry avait intéressé à son officine son fils Laurent, né le 10 mars 1644, qui épousa en 1678 la fille de la femme de chambre de la chancelière Le Tellier, Élisabeth Dubois, et qui fut reçu maître libraire le 10 octobre de cette dernière année. Laurent d’Houry imagina un almanach qu’il donna
d’abord sous le titre Almanac [sic] ou Calendrier pour l’année mil six cens quatre-vingt-trois et quitta l’officine de son père en 1683 pour s’installer rue Saint-Jacques, au Saint Esprit, près les Mathurins, laissant sa




mère poursuivre l’œuvre de son mari : elle publia Le Bon Usage du thé, du caffé [sic] et du chocolat pour la preservation & pour la guerison des maladies, par Monsieur de Blegny (1687), etc.  En 1688, Laurent d’Houry était rue Saint-Jacques, devant la Fontaine Saint Séverin, au Saint Esprit. La veuve de Jean d’Houry mourut 19 décembre 1695.
 

Louis XIV l’ayant désiré, Laurent d’Houry eut l’honneur de lui présenter son almanach en 1699 et, par lettres patentes de sa majesté données à Versailles le 29 janvier 1699, il lui fut permis d’imprimer l’Almanach royal pendant six années consécutives.
Laurent d’Houry déménagea en 1702 « rue S. Severin, au St Esprit, devant la rue Zacharie ».


Almanach royal pour 1704. Exemplaire de J.-J. De Bure
Christie's, Paris, 2 juin 2005 : 1.440 €

Il fut poursuivi en 1708 pour avoir établi une imprimerie dans sa maison et dut revendre son matériel. Il se fixa définitivement en 1710 « au bas de la rue de la Harpe, vis à vis la rue saint Séverin, au Saint Esprit ». En 1712, il acheta du matériel d’imprimerie à André Cramoisy (1634-1722), qui se démettait en faveur de Pierre Cot, et fut reçu maître imprimeur le 15 novembre. 
En février 1716, sur les plaintes du comte de Stairs, il fut conduit à la Bastille, pour avoir omis dans l’Almanach royal qu’il avait imprimé, de donner au roi de la Grande-Bretagne, au prince et à la princesse de Galles, les titres qui leur étaient dus ; ces titres furent insérés dans l’Almanach royal de l’année suivante. Laurent d’Houry fut élu adjoint du syndic de la Communauté le 12 novembre 1716. Le combat qu’il mena contre un concurrent redoutable, le Calendrier de la Cour, édité par Jacques Collombat (1668-1744), entraîna des frais énormes et se termina par un arrêt du Conseil du 29 décembre 1717 qui lui défendit « d’imprimer, vendre ni débiter aucun abrégé de son Almanach Royal ni de contrefaire le Calendrier de la Cour », et à Collombat « d’imprimer, vendre et débiter ledit Calendrier en autre forme qu’il a fait jusqu’à présent ni de l’augmenter et ajouter à l’ancien aucune chose. »


Laurent d’Houry mourut le 2 novembre 1725. Il était resté spécialisé dans l’édition d’ouvrages scientifiques, surtout de médecine, de chirurgie et de pharmacie :



Histoire anathomique [sic] d’un enfant, qui a demeuré vingt-cinq ans dans le ventre de sa mère, par Nicolas de Blegny (1679),




Thériaque d’Andromacus, par Moyse Charas (1685), La Décade de medecine, ou le Medecin des riches & des pauvres, par François du Port (1694),



Pharmacopée universelle, par Nicolas Lémery (1697), L’Usage des astrolabes, par Bion (1702),



L’Art de faire les raports [sic] en chirurgie (1703), Instruction familiere et utile aux sages-femmes pour bien pratiquer les accouchemens [sic], par Madame de La Marche (1710), Cours d’opérations de chirurgie, par Dionis (1714), Traité de la matière médicale, ou l’Histoire et l’Usage des médicamens [sic], par Pitton de Tournefort (1717),




Vers solitaires et autres de diverses especes (1718),


Histoire naturelle du cacao, et du sucre (1719), Abrégé de la doctrine de Paracelse, et de ses archidoxes (1724), etc.

La succession de Laurent d’Houry fut difficile car elle présentait un passif de 5.000 livres et le libraire-imprimeur avait testé en faveur de son petit-fils, André-François Le Breton, au même titre que sa veuve et son fils Charles-Maurice.

La veuve de Laurent d’Houry, Élisabeth Dubois, conserva l’officine de la rue de la Harpe, au Saint-Esprit, et continua de publier des livres de médecine et de chirurgie : Le Maistre en chirurgie, ou l’Abrégé complet de la chirurgie de Guy de Chauliac, par L. Verduc (1731),


Le Chirurgien d’hopital [sic], par Belloste (1734), La Maniere de guérir, par le moyen des bandages, les fractures et les luxations, par L. Verduc (1738),


Traité des maladies de l’œil, par Antoine Maître-Jan (1740), Dictionnaire ou Traité universel des drogues simples, par N. Lémery (1748), etc.
Elle continua également d’exploiter le privilège de l’Almanach royal.
En 1731, la veuve d’Houry entreprit de nouveaux procès contre l’imprimeur du Calendrier de la Cour, qu’elle accusait d’avoir enfreint l’arrêt de 1717 et d’avoir attenté à son privilège renouvelé de 1722, en ajoutant à sa publication des listes qui n’y figuraient pas antérieurement ; les procédures se prolongèrent jusqu’après 1734, avec André-François Le Breton, et ne s’éteignirent qu’avec la mort de Jacques-François Collombat en 1751.

Orphelin de père et de mère à l’âge de 13 ans, André-François Le Breton (2 septembre 1708-4 octobre 1779), dit « petit-fils d’Houry », fut élevé par ses grands-parents maternels. Après avoir terminé son apprentissage chez Claude-Louis Thiboust (1667-1737), il fut reçu maître libraire le 1er septembre 1733, obtint une charge d’imprimeur du roi en 1740, après la démission de François-Hubert Muguet (1667-1742), et fut enfin reçu, après la mort de Jacques-François Grou (1683-1745), un des 36 imprimeurs de Paris le 5 mars 1746.


Almanach royal 1747
Paris, Drouot, 6 avril 2012 : 1.700 €


Almanach royal 1746. Armoiries peintes non identifiées.
Christie's, Paris, 2 juin 2005 : 6.000 €


Almanach royal 1748
Paris, Drouot, 6 avril 2012 : 3.000 €



Almanach royal 1749. Exemplaire du roi Louis XV.
Paris, Drouot, 6 avril 2012 : 39.000 €


Ayant aidé sa grand-mère dans la mise au point annuelle de l’Almanach royal depuis 1727, il le signa avec elle à partir de 1746. En 1752, on disait de la veuve d’Houry : « elle est très riche et n’est point suspecte, fort âgée et très infirme ». Elle mourut le 18 juillet 1757. Le Breton resta seul au titre de l’almanach qu’il conserva, rue de la Harpe de 1751 à 1774, puis rue Hautefeuille de 1775 à 1779, tandis qu’il vendait son imprimerie à Jean-Georges-Antoine Stoupe le 13 août 1773. Cette dernière année, il avait acquis la maison du 14 rue Hautefeuille, partie de l’hôtel d’Alègre. Élu adjoint du syndic de la Communauté le 29 août 1747, il était devenu syndic le 15 juin 1762, consul des marchands de Paris le 29 janvier 1767 et juge-consul le 29 janvier 1770.

Charles-Maurice d’Houry, né le 18 novembre 1688 et reçu maître libraire le 13 juillet 1717, fut pendant quelques années en activité chez son père, où il publia :



Traité général des accouchemens [sic], par Dionis (1718), Les Secrets les plus cachés de la philosophie des anciens, par Crosset de la Haumerie (1724),


Traité de chymie [sic], philosophique et hermetique (1725),


Les Aphorismes d’Hippocrate (1726), etc. Il devint « Seul imprimeur de Monseigneur le duc d’Orléans » dès 1725, et fut reçu maître imprimeur le 15 janvier 1726. Ayant perdu son procès pour avoir tenté d’évincer sa mère, il ne signa avec elle que l’Almanach royal pour l’année MDCCXXVI . Il s’installa alors rue Saint-Séverin, où il publia :


Histoire du cardinal de Tournon ministre de France, par le P. Charles Fleury (1728), Cours d’operations de chirurgie, démontrées au Jardin royal, par Dionis (1740), L’Office de la quinzaine de Pasque [sic], latin-françois, à l’usage de Rome et de Paris, pour la maison de Monseigneur le duc d’Orléans (1742), etc. En 1743, il déménagea rue de la Vieille-Bouclerie, au S. Esprit & au Soleil d’or, où il publia :



La Chirurgie complete, par Leclerc (1743),





L’Art de faire les rapports en chirurgie, par Devaux (1746), Traité des plaies d’armes a feu, par Desportes (1749), Recueil de pieces importantes sur l’operation de la taille, faite par le lithotome caché (1751), etc. Élu adjoint du syndic de la Communauté le 7 août 1745, il mourut le 11 décembre 1755.

La veuve de Charles-Maurice d’Houry, Marie-Élisabeth Laisné, lui succéda, rue de la Vieille Bouclerie :


Chirurgie complette [sic], suivant le systême [sic] des modernes (1757), Observations de chirurgie, par Joseph Warner (1757),



Memoire sur les défrichemens [sic] (1760), etc. Elle déménagea rue Saint Séverin, près la rue Saint-Jacques, en octobre 1761 :


L’Art de cultiver les peupliers d’Italie, par Pelée de Saint-Maurice (1767), Traité des effets et de l’usage de la saignée, par Quesnay (1770), etc. Nicolas-Léger Moutard, reçu maître libraire le 7 mai 1765, lui acheta son fonds de librairie et son imprimerie lorsqu’il fut reçu maître imprimeur le 28 janvier 1777. Marie-Élisabeth Laisné mourut le 15 juin 1783.

Le fils de Charles-Maurice d’Houry, Laurent-Charles, avait été reçu maître libraire le 14 janvier 1741 et succéda à son père, rue de la Vieille Bouclerie, au S. Esprit et au Soleil d'or, publiant parfois avec lui :



Traité des maladies des femmes grosses, par François Mauriceau (1740), Chirurgie complete, contenant l’osteologie exacte et complete, le squelete [sic] chiffré, un traité des maladies des os, & de leur guérison, par Leclerc (1743), etc. Il fut reçu maître imprimeur le 8 mai 1750 : Description d’un nouvel instrument propre à abaisser la cataracte avec tout le succès possible, par Pallucci (1750), Histoire de l’operation de la cataracte, faite à six soldats invalides, par Pallucci (1750), Recueil de pieces importantes sur l’operation de la taille, faite par le lithotome caché (1751),



Methode d’abbattre [sic] la cataracte, par Pallucci (1752),



Essai sur les différentes espéces de fiévres [sic], par Jean Huxham (1752), Remarques de M. Winslow, sur le mémoire de M. Ferrein, touchant le mouvement de la machoire [sic] inferieure (1755), Le Miroir des urines, par Davach de la Rivière (1762), Traité complet des accouchemens [sic], par de La Motte (1765), Maladies des femmes et des enfans [sic], par Boerhaave (1769), etc.    


Imprimeur-libraire de Monseigneur le duc d’Orléans à la mort de son père, Laurent-Charles d’Houry fut élu adjoint du syndic de la Communauté le 11 mai 1763.






Almanach royal 1780
Paris, Librairie Camille Sourget : 8.500 €



Almanach royal 1781. Armes de Jean-Charles-Pierre Le Noir.
Christie's, Paris, 8 novembre 2004 : 2.938 €

Légataire universel de son cousin germain, André-François Le Breton, il hérita de la maison du 14 rue Hautefeuille, partie de l’hôtel d’Alègre, et de l’édition de l’Almanach royal en 1780, qu’il poursuivit jusqu’à son décès arrivé le 7 octobre 1786. Il était devenu consul des marchands de Paris le 30 janvier 1785.

Sa fille Anne-Charlotte d’Houry avait épousé François-Jean-Noël De Bure (Paris, 23 mars 1743-Châteaurenard, Loiret, 6 novembre 1802), dit « De Bure d’Houry », l’année où il fut reçu maître libraire le 4 juillet 1769. Quand il fut reçu maître imprimeur le 1er décembre 1786, De Bure obtint l’autorisation d’exercer concurremment avec sa belle-mère, Jeanne Nérat, veuve de Laurent-Charles d’Houry, pour l’édition de l’Almanach royal de 1787 à 1790 inclus.



Almanach royal 1791
Hs Rare Books, Argentine : 2.450 $

Mais les investissements de De Bure le conduisirent à une retentissante faillite en 1790, de sorte que Jeanne Nérat édita seule l’Almanach royal de 1791.
Anne-Charlotte d’Houry vendit alors son imprimerie à Laurent-Étienne Testu (1765-1839), se réservant le produit de l’Almanach ainsi que les caractères servant à son impression, dont Testu était chargé moyennant un prix convenu.



Almanach royal 1792. Armes de la Caisse d'escompte.
New York, Bauman Rare Books : 22.000 $


C’est ainsi qu’il imprima l’Almanach de 1792. Le 9 avril 1793, Anne-Charlotte d’Houry se sépara de De Bure par divorce, « attendu les sévices et injures graves du mari envers la femme », puis épousa Laurent-Étienne Testu en juillet 1795. Les nouveaux époux ne tardèrent pas à se séparer, en septembre 1801, et s’intentèrent de multiples procès concernant la propriété de l’Almanach qu’Anne-Charlotte finit par perdre en 1814. Elle mourut le 22 juillet 1828. Sa mère était décédée le 22 février 1815.  




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