mercredi 29 mars 2017

Pierre-François Ladvocat (1791-1854), « le Magnifique »


Caudebec-en-Caux : Grande Rue et église Notre-Dame

Fils aîné de Pierre-François-Barbe Ladvocat, conducteur des Ponts-et-Chaussées, et de Marie-Françoise-Victoire Récusson, mariés à Caudebec-en-Caux [Seine-Maritime] le samedi 27 novembre 1790, Pierre-François Ladvocat est né le 29 août 1791, à Caudebec, dans une maison à colombages de la Grande Rue ; 

Arbre généalogique simplifié

il fut baptisé le lendemain sur les fonts baptismaux du XVIIe siècle, en bois sculpté et de forme octogonale, de l'église Notre-Dame, « la plus belle chapelle de mon royaume », avait dit Henri IV.
Il aurait reçu une formation d' « ingénieur-architecte » et arriva à Paris vers 1813. Il y devint le collaborateur et le compagnon de Constance-Sophie Aubé, née le 28 avril 1782 à Vernon [Eure], fille de Jacques-Philippe Aubé, marchand drapier, et de Geneviève Mollier. Divorcée de Jacques-Nicolas-Charles Courtois, qu'elle avait épousé, à Paris, le 20 frimaire An VII [10 décembre 1798], Constance-Sophie Aubé était propriétaire d'un « Cabinet littéraire », au Palais-Royal [Ier], alors centre de l'agitation littéraire et bibliographique, qui occupait le n° 205 de la première galerie de bois, et habitait un appartement au 25 rue de Chartres [disparue lors de l'aménagement du Louvre, Ier].

Galeries de bois au Palais-Royal en 1828 (extérieur)

À cette époque, quand on voulait se procurer une nouveauté littéraire, il fallait aller la chercher au Palais-Royal, « capitale de Paris », où se trouvaient les célèbres librairies de Ladvocat, de Delaunay, de Barba, et le cabinet de lecture, alors fort en vogue, de la « Tente », fondé en 1815 par le capitaine Gautier.
Le Palais-Royal a été élevé en 1636 par le cardinal Richelieu, sous le nom de « Palais-Cardinal ». Après la mort de Richelieu, le palais prit le nom de « Palais-Royal » quand Anne d'Autriche et Louis XIV enfant s'y installèrent en 1643. Le palais fut réédifié par le duc de Chartres – duc d'Orléans à la mort de son père en 1785 et « Philippe Égalité » en 1792 -, après les incendies de 1763 et de 1781 : il fit élever les trois galeries qui entourent le jardin à l'ouest, au nord et à l'est, afin d'y aménager des boutiques, et les deux salles de spectacles, qui sont aujourd'hui la Comédie-Française et le théâtre du Palais-Royal ; en 1786, il fit compléter la clôture de la face sud du jardin par des galeries provisoires en bois, d'abord appelées le « Camp des Tartares », rendez-vous des mauvais sujets :

Galeries de bois au Palais-Royal en 1820 (intérieur)

« Des draperies grossières ornaient les portiques de ces promenoirs bordés de boutiques qui étaient séparées seulement par des vitrages. Les marchandises n'y étaient pas toujours à l'abri de la pluie. […] C'était un endroit scandaleux, mais pittoresque, et une foire perpétuelle. Rien de plus varié, rien de plus pêle-mêle et de plus fouillis que les étalages des baraques. On y trouvait réunis les objets les plus disparates, les plus communs et les plus étranges : des chapeaux, des pompons, des plumes, des livres, des chiffons, des estampes, des joujoux, des brochures, des gilets, des bonnets de femme, des soieries, des dorures, des bijoux, des cannes, des pipes, des fleurets, des friperies, du papier, des portefeuilles, des saucissons, de la lingerie, des fruits, des faïences, des bouquets, des marrons, des dragées, des lorgnettes, du pain d'épice, des têtes à perruque, des colifichets à la mode, de la pommade, des rubans, des robes, de la gaze, des fleurs, des nouveautés et des vieilleries. […]
A la nuit tout se mêle et tout s'anime. C'est entre cinq et six heures que de tous côtés, des alentours comme du Palais-Royal même, arrivent les sirènes. Elles s'immiscent parmi les promeneurs, les incitent par des œillades et des sourires. […] Après minuit elles sont maîtresses de leur personne. »
(B. Saint-Marc et le marquis de Bourbonne. Les Chroniques du Palais-Royal. Paris, L. Baillière et H. Messager, s. d. [1860], p. 204-208)
Les marchandes de modes régnaient dans la « galerie vitrée », dite « Camp des Barbares », située au bout des galeries de bois, construite en 1792, entre le Théâtre-Français et l'aile des arcades qui séparait la rue de Montpensier du jardin du Palais-Royal. Après l'exécution de Philippe Égalité en 1793, le palais fut vendu à l'encan. De 1801 à 1807, il fut occupé par le Tribunat, resta ensuite vide jusqu'en 1814 et fut enfin restauré par la famille d'Orléans.
Le 31 octobre 1827, le feu éclata dans la galerie vitrée, vers 4 heures du matin. Plusieurs boutiques furent entièrement brûlées, dont la librairie de Casimir-Nicolas Lécrivain. Échappée aux flammes par la rapidité des secours, la librairie Barba fut endommagée par l'eau : tous les livres furent plus ou moins avariés, mais rien ne fut entièrement détruit.

Galerie d'Orléans
In L'Illustration, 7 février 1846

Les galeries de bois n'ont fait place que sous Louis-Philippe, duc d'Orléans - futur Louis-Philippe Ier -, à la galerie neuve, dite « galerie d'Orléans », passage vitré construit à moitié en 1828 et achevé en 1829.

Dès 1816, bien que n'étant pas encore mariés, Pierre-François Ladvocat et Constance-Sophie Aubé éditèrent des pièces de théâtre, sous les patronymes respectifs de Monsieur Ladvocat et de Madame Ladvocat, avec Mademoiselle Adélaïde-Julie Huet, 7 rue de Richelieu [Ier], qui ne sera brevetée que le 28 juillet 1820. Leur imprimeur fut Étienne-Joachim Doublet, 7 rue Gît-le-Coeur [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811 : 


Trois pour une, ou les Absens n'ont pas toujours tort. Comédie-vaudeville, en un acte, par MM. Désaugiers et Barrière (« M. Ladvocat », 1816, in-8) ; 


Les Deux Maris, opéra-comique en un acte. Paroles de M. Étienne, musique de M. Nicolo (« Mad. l'Advocat », mars 1816, in-8) ; Fortunatus, féérie vaudeville en deux actes ; par MM. du Mersan et Brazier (« Mad. L'Advocat », avril 1816, in-8) ; Le Bateau à vapeur, comédie en un acte, mêlée de couplets, par M. Henri-Simon (« Mad. L'Advocat », mai 1816, in-8).

Le « Cabinet littéraire » déménagea à la fin de l'année 1816, au n° 197, côté de la cour. Madame Ladvocat édita : 


avec Aaron Martinet, 15 rue du Coq [rue de Marengo, Ier], breveté depuis le 1er octobre 1812, Le Comte Ory, anecdote du XIe siècle, vaudeville en un acte, par MM. Eugène Scribe et Delestre-Poirson (1816, in-8), imprimé par Hugues-Marie Feugueray, 4 rue du Cloître-Saint-Benoît [Ve, disparue en 1855], breveté depuis le 1er avril 1811 ; avec Jean-Nicolas Barba, derrière le Théâtre-Français, breveté depuis le 1er octobre 1812, La Petite Coquette, comédie-vaudeville en un acte ; par MM. Désaugiers et Gentil (1817, in-8), imprimé par Pierre-Nicolas-Firmin Didot
« Jeune », 13 rue des Maçons-Sorbonne [rue Champollion, Ve], breveté depuis le 1er avril 1811 ; avec Martinet et Barba, Encore un Pourceaugnac, folie-vaudeville en un acte, de MM. Eugène Scribe et Delestre-Poirson (1817, in-8), imprimé par Feugueray.

Le 7 mars 1817, Ladvocat épousa Constance-Sophie Aubé. L'année 1817 se termina avec des éditions de Madame Ladvocat, imprimées par François Hocquet, 4 rue du Faubourg Montmartre [IXe], breveté depuis le 1er avril 1811 : Le Solliciteur, ou l'Art d'obtenir des places, comédie en un acte, mêlée de couplets, par MM. Eugène S..... et M*** (1817, 3e éd., in-8) ; Le Petit Dragon, comédie en deux actes, mêlée de vaudevilles, par MM. Eugène Scribe, Delestre-Poirson et Mélesville (1817, in-8) ; L'Homme gris, comédie en trois actes et en prose, par MM. d'Aubigny et Poujol (1817, in-8) ; Les Comices d'Athènes ou les Femmes orateurs, comédie vaudeville en un acte, traduit du grec (d'Aristophane) ; par MM. Eugène Scribe et *** (1817, in-8) ; 

Naufrage de la frégate La Méduse : frontispice

avec Hocquet, Eymery, 30 rue Mazarine [VIe], Barba et Delaunay, au Palais-Royal, Naufrage de la frégate La Méduse, faisant partie de l'expédition du Sénégal, en 1816 […]. Par J. B. Henri Savigny, ex-chirurgien de la marine, et Alexandre Corréard, ingénieur-géographe (1817, in-8).

Les véritables débuts d'éditeur de Ladvocat commencèrent en 1818. La devanture de sa petite boutique, qui ne comptait que quelques rayons, un modeste comptoir et deux ou trois sièges, présentait des couvertures voyantes qui attiraient l'œil. Il lança ses publications au moyen de prospectus et d'affiches apposées partout, non seulement sur sa boutique, mais aussi sur les murs de Paris, et bénéficia souvent de souscriptions royales.


Avec Pierre-Henry Raymond, « éditeur du Dictionnaire le plus portatif de la langue française », 4 rue de la Bibliothèque [Ier,supprimée en 1854], qui était breveté libraire depuis le 1er octobre 1812, il publia Les Fastes de la gloire, ou les Braves recommandés à la postérité ; monument élevé aux défenseurs de la patrie, par une société d'hommes de lettres et de militaires (1818-1822, 5 vol. in-8), sous la direction du linguiste Pierre-François Tissot, imprimés par Pierre-Nicolas Rougeron, 22 rue de l'Hirondelle [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811 ; le prix de chaque volume était fixé à 6 fr. pour les souscripteurs, 7 fr. 50 c. pour les non-souscripteurs. Ladvocat prit alors souvent, jusqu'en 1820, le titre d' « Éditeur des Fastes de la gloire ».
Suivirent les éditions de : Une visite à Bedlam, comédie en un acte, mêlée de vaudevilles, par MM. Eug. Scribe et Delestre-Poirson (1818, in-8), imprimée par Hocquet ; avec l'imprimeur-libraire Julien-Léonard Chanson, 10 rue des Grands-Augustins [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811, qui imprima Mes visites au musée royal du Luxembourg, ou Coup-d'œil critique de la galerie des peintres vivans [sic], par M. Gustave J** (juin 1818, in-8) ; avec Barba, Palais-Royal, Les Orphelins, comédie en un acte et en vers ; par M. Hennet-Duvigneux (1818, in-8), imprimés par Chanson ; avec Nicolle, rue de Seine [VIe], et Béchet, 3 quai des Augustins [quai des Grands Augustins, VIe], Lettres à Jennie, sur Montmorency, L'Hermitage, Andilly, Saint-Leu, Chantilly, Ermenonville, et les environs […]. Par M. F. L*** (juillet 1818, in-8), imprimées par Charles-Frobert Patris, 4 rue de la Colombe [IVe], quai de la Cité, breveté depuis le 1er avril 1811 ; L'École du village, ou l'Enseignement mutuel, comédie en un acte, mêlée de vaudevilles, par MM. Brazier, Dumersan et Delestre-Poirson (1818, in-8), imprimée par Hocquet ; L'Ultra, ou la Manie des ténèbres, comédie en un acte et en vers (1818, in-8), dont la représentation n'avait pas été autorisée par le Ministre de la Police, imprimée par Hocquet ; avec Eymery, Mémoires de M. Clémandot, en réponse à ceux de Mme Manson (1818, in-8), imprimés par Marie-Jean-Christophe Lebègue, 14 rue des Rats [rue de l'Hôtel Colbert, Ve], près la place Maubert, breveté depuis le 1er avril 1811 ; Journée de Mont Saint-Jean, par Paul (1818, in-8), imprimée par Joseph-Raymond Plassan, 15 rue de Vaugirard [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811.



Emploi de ma demi-solde, ou Budget d'un sous-lieutenant en expectative. Par un officier du 3e bataillon de la légion du c..... (1818, in-8), imprimé par Plassan, et les Trois Messéniennes. Élégies sur les malheurs de la France (1818, in-8), par le poète Casimir Delavigne, imprimées par Charles Baudouin « fils », 36 rue de Vaugirard [VIe], breveté depuis le 16 février 1816, se vendirent en peu de temps à plusieurs milliers exemplaires et furent la première source de la fortune de Ladvocat.

Avec l'année 1818 cessa l'activité éditoriale de Madame Ladvocat.
Elle fit imprimer par Hocquet : Le Solliciteur, ou l'Art d'obtenir des places, comédie en un acte, mêlée de couplets, par MM. Eugène S..... et M*** (1818, 4e éd., in-8) ; L'Homme gris, comédie en trois actes et en prose, par MM. d'Aubigny et Poujol (1818, 3e éd., in-8) ; L'Esprit de parti, comédie en trois actes et en vers, par MM. Bert et O. Le Roy (1818, in-8) ; L'Homme vert, comédie en un acte, mêlée de couplets, par MM. Delestre-Poirson et Mélesville (1818, in-8) ; avec Eymery, Delaunay, et Treutell et Wutz [i.e. Wurtz], Londres et Strasbourg, Naufrage de la frégate La Méduse, faisant partie de l'expédition du Sénégal en 1816 […]. Par Alexandre Corréard, ingénieur-géographe, et J. B. Henri Savigny, ex-chirurgien de la marine (1818, 2e éd., in-8).
Elle édita avec Barba, L'An 1840, ou Qui vivra verra, comédie épisodique, de MM. Delestre-Poirson, Brazier et Mélesville (1818, in-8), imprimée par Jules-Louis-Melchior Porthmann, 43 rue Sainte-Anne [Ier], breveté depuis le 1er avril 1811 ; Le Tournoi, ou une journée du vieux tems [sic], vaudeville à spectacle, en un acte, de M. Mélesville (1818, in-8, [« n° 19 » i.e. n°197]), imprimé par François Nicolas-Vaucluse, 59 rue de Grenelle-St-Honoré [partie sud de la rue Jean-Jacques Rousseau, Ier], breveté depuis le 1er avril 1811.

La petite boutique ne devenait plus qu'un souvenir. Dès la fin de l'année 1818, la librairie de Ladvocat occupa également le n° 198 de la première galerie de bois du Palais-Royal, d'où la coexistence momentanée d'éditions datées 1818 à l'adresse des numéros 197-198, avec des éditions datées 1819 à l'adresse du n° 197 : 


Le Tour de faveur, comédie en un acte, en vers (1818, in-8), imprimée par Plassan ; avec l'Éditeur et propriétaire des Œuvres de Mme de Genlis, 26 rue Neuve-des-Petits-Champs [rue des Petits Champs, IIe], près celle Sainte-Anne, Les Parvenus, ou les Aventures de Julien Delmours, écrites par lui-même ; par MME la comtesse de Genlis (1819, 2 vol. in-8) et Pétrarque et Laure, par M.ME la comtesse de Genlis (1819, in-8), imprimées par James Smith, 16 rue de Montmorency [IIIe], breveté depuis le 24 mars 1813.
Un contemporain – Édouard Thierry (1813-1894) - a rapporté qu'une figure dorée du dieu Mars servait alors d'enseigne à la librairie.
Les années 1819 et 1820 virent des éditions imprimées par Armand-Louis-Jean Fain, place de l'Odéon et 4 rue Racine [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811 : 


Jeanne d'Arc à Rouen, tragédie en cinq actes, en vers. Par M. C. J. L.-d'Avrigni (1819, in-8) ; Proverbes dramatiques, par Étienne Gosse (1819, 2 vol. in-8) ; Thérèse Aubert, par l'auteur de Jean Sbogar (1819, in-8) ; avec Barba, Les Vêpres siciliennes, tragédie en cinq actes, […], par M. Casimir Delavigne (1819, in-8) ; avec Lacretelle aîné et Cie, 21 rue Dauphine [VIe], Réflexions sur l'art de la comédie. Par M. Alexandre Duval (1820, in-8) ; avec Barba, Le Marquis de Pomenars, comédie en un acte et en prose ; par MME. Sophie Gay (1820, in-8) ; Le Folliculaire, comédie en cinq actes et en vers, par M. de La Ville de Mirmont (1820, in-8) ; De l'esprit public, ou de la toute-puissance de l'opinion. Par le baron Guérard de Rouilly (1820, in-8) ; Œuvres complètes de lord Byron, traduites de l'anglais par A. E. de Chastopalli (1820, 2e éd., 3 vol. in-8) ; avec Barba, Clovis, tragédie en cinq actes ; par M. Viennet (1820, in-8) ; 



Du gouvernement de la France depuis la Restauration, et du ministère actuel ; par F. Guizot (1820, in-8).
D'autres furent imprimées par Rougeron : De la liberté religieuse, par Mr. A. V. Benoît (1819, in-8) ; Trois Messéniennes. Élégies sur les malheurs de la France. Deuxième édition, augmentée de deux élégies sur la vie et la mort de Jeanne d'Arc. Par M. Casimir Delavigne (1819, in-8) ; Le Champ-d'Asile, tableau topographique et historique du Texas […]. Par L. F. LH.....(de l'Ain) (1819, in-8).
Le Ministériel, ou la Manie des dîners, comédie en un acte et en vers (1819, in-8), fut imprimée par Hocquet ; l'édition, avec Barba, de Marie Stuart, tragédie en cinq actes, par M. Pierre Lebrun (1820, in-8), fut imprimée par Firmin Didot, 24 rue Jacob [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811.


L'édition, avec Henri Nicolle et Charles Gosselin, 12 rue de Seine [VIe], des Œuvres complètes de Walter-Scott (1820-1832, 165 vol. in-12), traduites de l'anglais par divers traducteurs et imprimée par divers typographes, était alors la seule collection complète en français de cet écrivain.


En 1820, la librairie, qui avait pris le nom de « Librairie française de Ladvocat » en automne, s'installa, au mois de décembre, au n° 195, toujours du côté de la cour :

« Ce Ladvocat, bavard, confiant, jeune encore et assez fashionable [élégant], est un charlatan qui a des premiers découvert et exploité grandement les ressources de l'annonce et de la réclame. Il allait au café avec les journalistes et il était bon pour lancer un pamphlet. Mais c'était un fripon qui n'avait pas le sou et il m'a avoué depuis que, lorsque j'étais entré dans sa boutique pour lui proposer le manuscrit de Guizot [Du gouvernement de la France depuis la Restauration], il ne savait pas où donner de la tête, à ce point qu'il avait été obligé de mettre en gage un shall [châle] de sa femme pour trouver crédit avec un peu d'argent comptant chez l'imprimeur. » (Charles de Rémusat. Mémoires de ma vie. Paris, Plon, 1958, t. I, p. 456-457)

En effet, jamais éditeur ne comprit, mieux que Ladvocat, l'influence du journalisme à cette époque : il traitait les journalistes princièrement, et la publicité lui coûtait fort cher ; tous les rédacteurs qui travaillaient à un journal recevaient un exemplaire de chacune de ses publications nouvelles.
Chaque matin, le premier soin de Ladvocat était de lire les journaux. Il donnait dans la matinée quelques heures aux soins de sa librairie et le reste du temps était tout aux journalistes. 

Au Rocher de Cancale

Il partait vers 13 h. et ne rentrait chez lui que vers 2 h. du matin, après avoir dîné au restaurant « Au Rocher de Cancale », rue Montorgueil [IIe], ou à celui du « Café de Paris » [IIe].

De même, jamais éditeur n'a, mieux que Ladvocat, honoré les auteurs : ne cherchant que la renommée et le succès, il les payait convenablement et les défendait contre la critique.

Tandis qu'un grand nombre de libraires, qui n'étaient pas brevetés, s'étaient mis en règle, Ladvocat était le seul qui ne l'était pas, mais ses activités éditoriales ne faiblissaient pas.
Il fit imprimer par Fain : 


Frontispice, t. I

Œuvres dramatiques de F. Schiller, traduites de l'allemand (1821, 6 vol. in-8) ; 


Frontispice, t. I

Œuvres complètes de Shakspeare [sic], traduites de l'anglais par Letourneur (1821, 13 vol. in-8) ; Mémoires de l'abbé Morellet, de l'Académie française, sur le dix-huitième siècle et sur la Révolution (1821, 2 vol. in-8, portr.) ; 


éditée avec Barba, Le Présent du prince, ou l'Autre Fille d'honneur. Comédie en trois actes et en prose […]. Par MM. de Comberousse et B. d'Aubigny (1821, in-8, [« galerie de bois, N.° 16. »]) ; Des conspirations et de la justice politique, par F. Guizot (1821, in-8) ; Des communes et de l'aristocratie, par M. de Barante (1821, in-8) ; Du gouvernement de la France depuis la Restauration, et du ministère actuel, par F. Guizot (1821, in-8, 4e éd.).
Éditée avec Barba, L'Amour et le Procès, comédie en un acte et en vers, par M. Gaugiran Nanteuil (1820, in-8), fut imprimée par Hocquet. Édité avec Marie-Françoise Goullet, au Palais-Royal, galeries de bois, du côté du jardin, n° 259, brevetée depuis le 1er octobre 1812, et Favério, à Lyon, Examen critique du judaïsme et du mahométisme […] ; par P. Feuillade (1821, in-8), fut imprimé par Feugueray. Éditée avec Théophile-Étienne Gide « fils », 20 rue Saint-Marc [IIe], breveté depuis le 1er octobre 1812, Bertram, ou le château de S.T-Aldobrand, tragédie en cinq actes. Traduite librement de l'anglois […], par MM. Taylor et Nodier (1821, in-8), fut imprimée par Smith. Éditée avec Barba, La Femme du sous-préfet, ou le Charlatan, comédie en un acte, en prose, mêlée de couplets, par MM. Moreau et Sewrin (1821, in-8), fut imprimée par Jean-Baptiste Constant-Chantpie, 20 rue Sainte-Anne [Ier], breveté depuis peu, le 28 décembre 1820. Des moyens de gouvernement et d'opposition dans l'état actuel de la France, par F. Guizot (octobre 1821), furent imprimés par Joseph-Denis David, 14 rue du Pot-de-Fer [Ve], breveté récemment, le 26 juillet 1821.

Mais le 28 septembre 1821, alors qu'il avait enfin demandé son brevet le 20 septembre, Ladvocat fut condamné à 500 francs d'amende, et à cesser d'exercer sa profession, comme ayant contrevenu à l'article 11 de la loi du 21 octobre 1814, portant que nul ne sera imprimeur ni libraire, s'il n'est breveté par le Roi et assermenté ; le 21 novembre 1821, le tribunal réduisit l'amende à 100 francs. Ladvocat reçut enfin son brevet le 13 décembre 1821.

Dès 1822, Achille Devéria (1800-1857) vit paraître ses vignettes, gravées par divers burins, chez Ladvocat. Celui-ci entreprit diverses publications, imprimées par Firmin Didot : De la littérature française pendant le dix-huitième siècle, par M. de Barante (1822, 3e éd., in-8) ; Œuvres inédites de Millevoye, dédiées au Roi (1822, in-8) ; 



Frontispice, t. I

Œuvres complètes de Millevoye, dédiées au Roi (1822, 4 vol. in-8, portrait gravé par West d'après Devéria) ; 


Titre gravé, t. I

Frontispice, t. I

Œuvres de lord Byron. […] par A. P....T (1822-1825 [t. I et VI datés 1823, t. II à V datés 1822, t. VII daté 1824, t. VIII daté 1825], 4e édition, 8 vol. in-8, 27 vign.), édition la plus luxueuse qui ait été donnée de la traduction Pichot.
D'autres furent imprimées par Fain : éditée avec Barba, Valérie, comédie en trois actes et en prose, par MM. Scribe et Mélesville (décembre 1822, in-8) ; 


la collection des Chefs-d'œuvre des théâtres étrangers, allemand, anglais, chinois, danois, espagnol, hollandais, indien, italien, polonais, portugais, russe, suédois ; traduits en français (1822-1823, 25 vol. in-8).


Du système financier, ou coup-d'œil analytique sur le budget de 1822. Par Guérard de Rouilly (1822, « Galerie de Bois, N° 519 » i.e. 195), fut imprimé par Paul Dupont, Hôtel des Fermes [rue de Grenelle, VIIe], breveté depuis le 25 novembre 1818.
Le Voyage aux colonies orientales […]. Par Augte Billiard (1822, in-8) et L'Écolier, ou Raoul et Victor, par MME. Guizot, née Pauline de Meulan (1822, 4 vol. in-12, 16 grav. non signées), couronné par l'Académie française, furent imprimés par David.
Cosson imprima Rob-Roy, par sir Walter Scott […]. Traduit de l'anglais (1822, 4 vol. in-12), édité avec Charles Gosselin.

En 1823, Ladvocat engagea le jeune Gervais Charpentier (1805-1871) comme commis-voyageur, installa une succursale de sa maison à Bruxelles, au 731 Montagne de la Cour, pour contrecarrer la contrefaçon belge, et édita de nombreux ouvrages, plus ou moins importants, qui lui conservèrent une position exceptionnelle.
Les Œuvres posthumes de Millevoye (1823, 2 vol. in-8), les Œuvres complètes de Millevoye, dédiées au Roi (1823, 4 vol. in-8, portrait et 6 vignettes), 


La Mort de Socrate, poëme, par A. de Lamartine (1823, in-8) et les Messéniennes et poésies diverses, par Casimir Delavigne (1823, in-18, première et non sixième édition comme indiqué au titre, 4 fig. dessinées par Devéria) furent imprimées par Firmin Didot.
La Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne, […] ; par M. Aignan (1823, 3 vol. in-8) fut imprimée par David [t. I-II], qui déménagea au 6 boulevard Poissonnière [IXe], puis par Edme-Eugène Pochard [t. III], 14 rue du Pot-de-Fer, récemment breveté le 29 août 1823, qui imprima ensuite les Mémoires du général Hugo (1823, 3 vol., fig.).
Fain fut l'imprimeur des Mémoires anecdotiques pour servir à l'histoire de la Révolution française ; par Lombard de Langres (1823, 2 vol. in-8), 


Frontispice

de Les Hermites en prison, ou Consolations de Sainte-Pélagie, par E. Jouy, membre de l'Institut, et A. Jay (1823, 2 vol. in-12, portr., 2 grav. et 6 vign.), éditées avec Martin Bossange, Londres, dont la première partie de la 2e édition fut vendue à plus de 1.000 exemplaires dans la seule journée de sa parution le 15 juin 1823, 


et de L'École des vieillards, comédie en cinq actes et en vers ; par M. Casimir Delavigne (1823, in-8), éditée avec Barba et dont les 3.000 exemplaires de la première édition furent épuisés en 24 heures.

La réussite de Ladvocat lui valut, en 1824, le titre de « Libraire de S. A. R. Monseigneur le Duc de Chartres » [Ferdinand-Philippe d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe Ier], titre qui deviendra
« Libraire de S. A. R. le duc d'Orléans » en 1831, puis « Libraire du Prince Royal » en 1838.

Pierre-François Ladvocat
Lithographie de Henri Grévedon (1776-1860),
d'après le tableau d'Eugène Devéria

Eugène Devéria (1808-1865), frère d'Achille Devéria, exposa au Salon de 1824 un « Portrait en pied de M. Ladvocat, libraire », qui tient à la main un volume in-12.

Dans L'Imprimeur sans caractère, ou le Classique et le Romantique, comédie-vaudeville en un acte, par MM. Francis, Dartois et Gabriel (Paris, J.-N. Barba, 1824), le personnage de « Satiné », libraire romantique, est le portrait de Ladvocat : « Satiné est mis dans le dernier genre, chapeau de soie, gilet de poil de chèvre, cravatte à l'anglaise, redingotte à manche de gigot, pantalon à larges plis et bottes à talons ; il porte un lorgnon. » [sic]

« Un jockey l'accompagne dans ses courses ou ses promenades. Les petites affaires ne sont pas pour lui ; partout, on célèbre ses largesses et son audace : il “achète un manuscrit 100 louis dans les journaux, pour l'amour-propre de l'auteur, et 300 francs espèces sonnantes, pour la bourse de l'homme de lettres. Dans sa maison, les tirages commencent toujours par la cinquième édition, et le dixième mille est en vente, quand le premier sommeille encore dans les magasins. Il sait l'art d'attirer l'attention du lecteur par des lignes de points, par des épigraphes étranges, et de réserver au milieu des pages de larges blancs qui donnent une importance aux vers les plus anodins et élèvent une plaquette à la dignité d'un volume. Et quelle variété dans ses entreprises !

J'aurai des traducteurs, des romans à fracas
Et des collections … qui n'en finiront pas !
Nous vendrons de l'Anglais, du Chinois, du Tartare,..

du Français, même, à condition pourtant que ce Français soit habillé à la mode étrangère, car la vogue de W. Scott a déterminé le décor de toutes les fictions romanesques. Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux, c'est-à-dire hors celui qui ne se vend pas : voilà le principe fondamental de son esthétique. »
(Jules Marsan. Notes sur la bataille romantique (1813-1826). In Revue d'Histoire littéraire de la France. Paris, Armand Colin, 1906, t. XIII, p. 599)

Jules Janin raconte qu'après avoir vu la pièce, « il envoya au comédien qui le représentait dans cette comédie à sa louange l'habit, le gilet et le pantalon que lui-même il avait portés ! Gilet à fleurs panachées, habit à boutons d'or, pantalon gris blanc, rayé de bleu, morbleu ! Le chapeau était blanc, la cravate était comme un semis de pois de senteur. Il portait des gants de peau de Suède ; ajoutez le soulier à talon haut et presque rouge que rattache au cou de pied un ruban noir. Apprenez, mon cher Monsieur, disait Ladvocat au comédien, à vous habiller historiquement, lorsque vous représentez un personnage historique ! »
(Feuilleton du Journal des débats. In Journal des débats politiques et littéraires, lundi 11 septembre 1854, p. 3)

Au cours de l'année 1824, furent imprimés par Jean-Baptiste Pinard, 8 rue d'Anjou-Dauphine [rue de Nesle, VIe], breveté depuis le 9 avril 1823 : Jane Shore, tragédie en cinq actes, par Nicholas Rowe ; traduite de l'anglais (1824, in-8) ; 


Ourika, par Mme la duchesse de Duras (mars 1824, 2e éd., in-12) ; Poësies et Messéniennes, par M. Casimir Delavigne (1824, 9e éd., in-8) ; 


Frontispice


Nouvelles odes, par Victor-M. Hugo (1824, in-18) ; Messéniennes et poésies nouvelles. Par M. Casimir Delavigne (1824, in-18, fig.) ; avec Barba, Trois Messéniennes nouvelles, par M. Casimir Delavigne (1824, 4e éd., in-8) ; Le Temple de Gnide (1824, in-fol., vign., 140 ex.).
Furent imprimés par Fain : Essai sur l'éducation des femmes, par MME. la comtesse de Rémusat (1824, in-8) ; Les Hermites en liberté, par E. Jouy et A. Jay (1824, 2 vol. in-8, 2 grav. et 18 vign.) ; Œuvres nouvelles de lord Byron, traduites de l'anglais par A. P....T (1824, 10 vol. in-12) ; Mémoires du général Custine sur les guerres de la République (1824, in-8, portr.).
Furent imprimés par Pochard : Mémoires d'Olivier d'Argens […] ; pour servir à l'histoire de la guerre civile de 1793 à 1796 (1824, in-8, portr.) ; Études morales, politiques et littéraires, ou Recherche des vérités par les faits ; par M. Valery (1824, in-8) ; Du commerce de la France. […] ; par M. le comte de Vaublanc (1824, in-8) ; Dictionnaire historique des événemens [sic] remarquables, par Voltaire (1824, in-8).
Furent imprimés par Joseph Tastu, 36 rue de Vaugirard [VIe], breveté depuis le 12 août 1822 : Éveline (1824, in-12) ; 


Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois. 1364-1477 ; par M. de Barante (1824-1826, 13 vol. in-8) ; éditée avec Barba, Messénienne sur lord Byron, par M. Casimir Delavigne (10 août 1824, in-8, « galeries de bois, numéros 195 et 196 »).


Les Chants hellènes […]. Par Alexandre Guiraud (1824, in-8, « galeries de bois, numéros 195 et 196 »), « Vendus pour la délivrance de deux jeunes grecs prisonniers. », furent imprimés par Démophile Huzard-Courcier, 12 rue du Jardinet [VIe], breveté depuis le 14 mars 1820. Éditées avec Delaunay, les Observations sur l'histoire de la révolution helvétique de M. Raoul-Rochette, par Charles Monnard (1824, in-8), furent imprimées par Paul Renouard, 22 rue de L'Hirondelle [VIe], breveté depuis le 23 décembre 1823. De la littérature française, pendant le dix-huitième siècle, par M. de Barante (1824, 4e éd, in-8) fut imprimée par Firmin Didot. Le Bal, poème moderne, suivi de poésies, par Ulric Guttinguer (1824, in-18) fut imprimé par Henri Fournier, 9 rue de Cléry [IIe], breveté récemment le 6 juillet 1824.

Des premières difficultés financières obligèrent Ladvocat à s'associer, le 4 septembre 1824, avec Augustin-Pierre Dufey, de quatre ans son aîné, qui n'était pas encore libraire et qui fut uniquement son bailleur de fonds.
En 1825, Fain fut l'imprimeur des Proverbes et comédies posthumes de Carmontel […], par Madame la comtesse de Genlis (1825, 3 vol. in-8), 


Frontispice

des Mœurs administratives, par M. Ymbert (1825, 2 vol. in-12, 2 grav. et 18 vign.), 


des Mémoires inédits de Madame la comtesse de Genlis, sur le dix-huitième siècle et la Révolution françoise (1825, 10 vol. in-8) et de Édouard, par l'auteur d'Ourika (1825, 2 vol. in-12), première édition tirée à 100 ex., non destinée au commerce, publiée au profit d'un établissement de charité.
Firmin Didot fut l'imprimeur des Élégies et poésies nouvelles, par MME Desbordes Valmore (1825, in-8).
Jules Didot « Aîné », 6 rue du Pont-de-Lodi [VIe], breveté depuis le 6 avril 1822, imprima Le Duc de Guise à Naples ou Mémoires sur les révolutions de ce royaume en 1647 et 1648 (1825, in-8). Claude-Joseph Carpentier-Méricourt, 59 rue de Grenelle-S.-Honoré [partie sud de la rue Jean-Jacques Rousseau, Ier], breveté depuis le 21 mai 1823, imprima Les Antilles françaises, particulièrement la Guadeloupe […], par le colonel Boyer-Peyreleau (1825, 3 vol. in-8).
Fournier fut l'imprimeur de Lascaris, ou les Grecs du quinzième siècle […]. Par M. Villemain (1825, in-8).
Éditées avec Ponthieu, au Palais-Royal, Gabon, rue de l'École-de-Médecine, et Charles Gosselin, rue Saint-Germain-des-Prés, Alexandre Lachevardière « fils », 30 rue du Colombier [rue du Vieux Colombier, VIe], breveté depuis le 9 décembre 1823, imprima les Opinions des médecins d'Édimbourg sur la petite-vérole et la vaccine, publiées par M. Amédée Pichot (1825, in-8). 


Georges-Adrien Crapelet, 9 rue de Vaugirard [VIe], breveté depuis le 1er avril 1811, fut l'imprimeur du Voyage historique et littéraire en Angleterre et en Écosse par M. Amédée Pichot (1825, 3 vol. in-8 et atlas), édité avec Gosselin, et de l'Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois. 1364-1477 ; par M. de Barante (1825-1826, 3e éd., 13 vol. in-8).

« Le libraire Ladvocat ajoute chaque jour au luxe et à l'œil de ses éditions, par le rétrécissement des lignes de chaque page, et par l'amplitude des marges ; de telle sorte que le lecteur est contraint, pour les lire, de faire un mouvement de pouce continuel et fatigant. M. Ladvocat, pour remédier à cet inconvénient vient, dit-on, d'inventer un petit tournefeuille-mécanique à l'usage de ses éditions. » (La Pandore. Journal des spectacles, des lettres, des arts, des mœurs et des modes, mercredi 21 décembre 1825, p. 4)

Ladvocat était devenu un libraire magnifique. Il portait des gants jaunes et un pantalon avec une bande de soie de son invention. On disait qu'il était le libraire le mieux chaussé d'Europe et qu'il était l'homme qui mettait le mieux sa cravate : la cravate « à la Ladvocat » était un heureux assemblage du nœud de la Chateaubriand, de la sévérité de la Talma, de l'originalité de la Byron et des pointes de la Bergami. 


Il possédait un cheval et un cabriolet à ses armes : une ancre accompagnée d'un flambeau et d'un caducée, avec les mots « Aidez moi. »
L'auteur dramatique Jean-François Bayard (1796-1853), dans son Roman à vendre, ou les deux libraires, comédie en trois actes et en vers (Paris, Barba et Brière, 1825, p. 22), le représente sous le nom de « Fortuné » :

« Grâce aux souscriptions, tout va bien ; les auteurs
Rançonnent le libraire, et lui, les souscripteurs.
Voyez : jeune, estimé, ma maison est brillante,
J'ai sur l'esprit courant vingt mille écus de rente,
Je vends tout, j'use tout ; par trente éditions,
J'exploite à mon profit les réputations,
Et pour me composer de séduisans ouvrages,
J'ai mis par un traité vingt savans à mes gages.
Tout Paris vient chez moi ; je plais dans les salons ;
On me trouve à la Bourse, au Gymnase, aux Bouffons ;
Recherché des auteurs, estimé des actrices,
Je fais des marchés d'or jusques dans les coulisses ;
Pour me mettre en crédit j'ai partout un prôneur,
Et dans chaque journal j'engraisse un rédacteur :
On dîne mieux chez moi que chez une Excellence. » [sic]

Fain imprima en 1826 : 


Les Deux Apprentis, par M. Merville (1826, 4 vol. in-12) ; Dictionnaire analytique d'économie politique. Par M. Ganilh (1826, in-8) ; 




éditées avec Dufey, 14 rue des Beaux-Arts [VIe], Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (1826-1831, 28 tomes en 31 vol. in-8, car il y a des tomes Vbis, Vter et XVIIIbis, titres gravés par C. Thompson), première édition des œuvres complètes qui, achetées 550.000 francs – contrat réduit à 350.000 francs l'année suivante -, eurent un grand succès et valurent à Ladvocat le titre de « Prince des éditeurs » ; 


édités avec Ponthieu et Delaunay, Mémoires historiques et littéraires sur F.-J. Talma, par M. Moreau (1826, in-8, fac-similé) ; Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois. 1364-1477 ; par M. de Barante (1826, 4e éd., 13 vol. in-8).
Tastu imprima le Mémoire sur la vie et les ouvrages de J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, par L. Aimé Martin (1826, in-8), la Correspondance de J.-H. Bernardin de Saint-Pierre, […]. Par L. Aimé Martin (1826, 3 vol. in-8) 


et les Odes et ballades, par Victor Hugo (1826, in-18).
Édité avec Barba, 7 cour des Fontaines [Ier], le Théâtre de M. C. Delavigne (1826, 4 vol. in-8, vign.) fut imprimé par Fournier.
Les Messéniennes et poésies diverses, par M. Casimir Delavigne (1826, 13e éd., 2 vol. in-18, fig.) furent imprimées par Pinard.
Balzac, 17 rue des Marais-Saint-Germain [VIe], breveté très récemment le 1er juin 1826, le imprima l'Affaire Tétard. Accusation d'assassinat portée contre Joseph Tétard, ouvrier maçon, défendu par Me Bautier (1826, in-8).

Au cours du premier trimestre de 1827, Ladvocat, sans renoncer à son magasin de la galerie de bois, voulut éblouir le tout Paris et se logea dans le quartier des bouquinistes, dans le somptueux hôtel du 23 quai Malaquais [VIe], à l'angle de la rue des Saints-Pères, hôtel qui a depuis été habité par la tragédienne Rachel (1821-1858).
Depuis, presque tous les livres qu'il publia portèrent « Quai Voltaire et Palais-Royal ». Or, le quai Voltaire [VIIe] finissait alors à la rue des Saints-Pères, qui le séparait du quai Malaquais : mais quai Voltaire, c'était plus littéraire.
Les Préludes poétiques, par M. de Loy, membre de l'Académie provinciale (1827, in-8), furent imprimés par Charles Coque, 3 rue de l'Archevêché, à Lyon.
Pinard imprima les Sept Messéniennes nouvelles, par M. Casimir Delavigne (1827, in-8), 


Portrait de "la Contemporaine"
In 2e édition, 1828, t. VIII

les Mémoires d'une contemporaine (1827, 8 vol. in-8), les Chansons et poésies diverses de M.-A. Désaugiers (1827, 4 vol. in-12), Les Trois Quartiers, comédie en trois actes et en prose, par MM. Picard et Mazères (1827, in-8), édités avec Barba.
Fain imprima les Nouveaux mélanges historiques et littéraires, par M. Villemain (1827, in-8, portr.) et les Mélanges historiques et littéraires, par M. Villemain (1827, 3 vol. in-8, portr.).
Thomas-François Rignoux, 8 rue des Francs-Bourgeois-S.-Michel [partie de la rue Monsieur-le- Prince, VIe], breveté depuis le 14 mars 1820, fut l'imprimeur des Œuvres de J. F. Ducis (1827, 4 vol. in-18, portr.), éditées avec Aimé André, [quai des Grands Augustins, VIe], et de Du rétablissement de la censure par l'ordonnance du 24 juin 1827 ; par M. le vicomte de Chateaubriand (1827, in-8).
Jean-Baptiste-Jules-Marcellin Gaultier-Laguionie, Hôtel des Fermes [rue de Grenelle, VIIe], breveté depuis le 17 avril 1823, imprima l'Opinion de M. le vicomte de Chateaubriand, pair de France, sur le projet de loi relatif à la police de la presse (1827, 2e éd., in-8).
Balzac imprima le Cri d'un vieux soldat à l'ex-garde nationale. Par A. Béraud (1827, in-8), Mélanges historiques et littéraires, par M. Villemain (1827-1828, 3 vol., in-8, portr.), 


Proverbes romantiques, par Romieu (1827, in-8).


Gaspard Doyen, natif de Reims [Marne], 38 rue Saint-Jacques [Ve], breveté depuis le 20 juillet 1824, imprima Poésies diverses de Ch. Nodier (1827, in-8), éditées avec Delangle frères, 19 rue du Battoir-Saint-André-des-Arcs [partie de la rue Serpente, VIe].
L'une des plus importantes opérations de Ladvocat, non au point de vue littéraire, mais sous le rapport des énormes bénéfices qu'il en retira, fut la fabrication et la publication des fameux Mémoires d'une contemporaine, par une courtisane hollandaise, Maria-Elselina Versfelt (1776-1845), dite « Ida Saint-Elme », au prix de 7 francs le volume, et qui eurent en moins de deux ans quatre éditions :

« M. Ladvocat avec une délicatesse qui, n'en déplaise aux commerçans [sic], tenait bien plus de la politesse de la bonne compagnie, que de la haute prudence des chiffres, M. Ladvocat n'ayant que peu de cahiers et nulle autre garantie que ma bonne volonté à lui livrer au fur et à mesure mon manuscrit complet, me remit cinq cents francs en or, et deux billets de la même somme. La confiance qu'on témoigne aux autres est un sûr moyen d'en inspirer, et j'avoue que la mienne pour M. Ladvocat allait jusqu'à la reconnaissance. » (t. VIII, p. 409)

Ladvocat installa chez lui son ami Pierre-Armand Malitourne (1796-1866), rédacteur de La Quotidienne, pour rédiger en chef les Mémoires, sur les notes de la « Contemporaine ». Malgré son étonnante facilité d'improvisateur, Malitourne n'allait pas encore assez vite au gré de Ladvocat qui, encouragé par le succès du livre, lui adjoignit plusieurs écrivains, dont Maxime de Villemarest, autre rédacteur de La Quotidienne, Amédée Pichot, traducteur des Œuvres de lord Byron, et Charles Nodier.

En octobre 1827, Ladvocat acheta Le Mercure du dix-neuvième siècle, fondé en 1823, dont il voulait relever l'ancienne splendeur et qui devint Le Mercure de France au dix-neuvième siècle.

En 1828, Gervais Charpentier quitta son patron, qui l'avait abandonné à Lyon alors qu'il était tombé malade, pour reprendre le cabinet de lecture de Charles Mary, 69 rue et passage Saint-Antoine [IVe].

Pinard imprima pour Ladvocat : Mémoires sur Napoléon, l'impératrice Marie-Louise et la cour des Tuileries […] ; par MME VE du général Durand (1828, in-8) ;

Librairie Koegui


éditée avec Dufey, Histoire des rois et des ducs de Bretagne, par M. de Roujoux (1828-1829, 4 vol. in-8, Pinard imprimeur des t. I à III, Fain imprimeur du t. IV) ; Mélanges philosophiques et littéraires, par M. Auger (1828, 2 vol. in-8) ; Mémoires sur l'impératrice Joséphine (1828, 3 vol. in-8) ; éditée avec Barba, La Princesse Aurélie, comédie en cinq actes et en vers ; par M. Casimir Delavigne (1828, in-8) ; Heures poétiques et religieuses, dédiées au Roi, par Mme Hortense de Céré-Barbé (1828, in-18).
Balzac imprima les Mémoires sur la cour de Louis Napoléon et sur la Hollande (1828, in-8), L'Écolier ou Raoul et Victor par MME. Guizot née Pauline de Meulan (1828, 4 vol. in-12, 2e éd., fig.), Odes et poésies diverses, par M. Léon Dusillet (1828, in-18), Le Cri des employés du gouvernement, par un chef de division (1828, in-8) et le Catalogue général de la Maison Ladvocat (1828, in-8).


Les Mémoires d'un apothicaire sur la guerre d'Espagne, pendant les années 1808 à 1814 (1828, 2 vol. in-8) furent imprimés par Gaultier-Laguionie, 


l'Histoire de Pierre Terrail seigneur de Bayart […]. Par Alfred de Terrebasse (1828, in-8), par Tastu, et, éditées avec Delaforest, place de la Bourse [IIe], les Poésies européennes […] ; par Léon Halevy (août 1828, in-8), par Anthelme Boucher, 34 rue des Bons-Enfants [Ier], breveté depuis le 22 juin 1818.

À la suite de mauvaises spéculations de son mari, Madame Ladvocat s'efforça de sauver la librairie, avec l'aide de Charles Malot, libraire au Palais-Royal, galerie de bois n° 201, qui avait acquis, le 2 juin 1828, le fonds de détail de la librairie. Ladvocat et Dufey se séparèrent le 22 décembre 1828. Dufey s'associa avec les frères Pourrat, 5 rue des Petits Augustins [partie de la rue Bonaparte, VIe], avant d'obtenir son brevet de libraire le 5 mai 1829.

Certaines éditions de 1829 sont à l'adresse de « Quai Voltaire, et Palais-Royal, Galerie neuve » : Mémoires d'une contemporaine (1829, 4e éd., 8 vol. in-8), imprimés par Gaultier-Laguionie ; 


Mémoires de M. de Bourrienne, ministre d'État, sur Napoléon (1829, 10 vol. in-8), imprimés par André Barbier, 17 rue des Marais-Saint-Germain [VIe], successeur de Balzac, breveté depuis le 26 septembre 1828.


Barbier a aussi imprimé les Mémoires posthumes, […] de Charles-François duc de Rivière (1829, in-8), édités avec Dufey, et De l'origine, de la nature et des progrès de la puissance ecclésiastique en France. Par M. le comte de Montlosier (1829, in-8).
Rignoux a imprimé Marino Faliero, par M. Casimir Delavigne (1829, in-8), édité avec Barba, et Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand (1829-1831, 20 vol. in-8, portr.), éditées avec Lefèvre, 6 rue de l'Éperon [VIe].

En octobre 1829, Ladvocat transféra la propriété du journal Le Mercure de France au dix-neuvième siècle à Paul Lacroix et à Amédée Pichot.

Le 6 décembre 1829, par suite d'arrangements passés avec les syndics de Malot et Ladvocat, Gervais Charpentier, libraire 9 rue des Beaux-Arts [VIe], acquit la librairie de Ladvocat au Palais-Royal et la totalité de l'édition des Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand, publiée par Ladvocat et Lefèvre.
Pour devenir exclusivement éditeur, Charpentier quittera en 1833 la librairie Ladvocat, 

In Journal des débats, 8 mai 1836

que Madame Ladvocat récupérera.
Charles Malot conserva sa librairie au Palais-Royal, galerie neuve d'Orléans, nos 38-39, côté de la cour.


En 1830, Gaultier-Laguionie imprima Alger. Esquisse topographique et historique du royaume et de la ville […] ; par A. M. Perrot (1830, in-8) ; éditée avec Camoin, Marseille, et Laurent, Toulon, Esquisse de l'état d'Alger […] ; traduit de l'anglais, et enrichi de notes, par M. X. Bianchi (1830, in-8, plan) ; Napoléon, ses exploits et sa mort, poème élégia-héroïque en douze chants, par F. E. Belly (1830, in-8).
Auguste Mie, 9 rue Joquelet [rue Léon Cladel, IIe], breveté depuis le 1er octobre 1829, imprima Histoire de Charles-Édouard, dernier prince de la maison de Stuart […]. Par Amédée Pichot (1830, 2 vol. in-8) ; édité avec Urbain Canel, Journal de ST-Cloud à Cherbourg, ou Récit de ce qui s'est passé à la suite du Roi Charles X, du 26 juillet au 16 août 1830. Par M. Théodore Anne (1830, in-8).
Le Sylphe, poésies de feu Ch. Dovalle (1830, in-8), fut imprimé par Alexandre Selligue, 14 rue des Jeûneurs [IIe], breveté depuis le 20 septembre 1825.
Claude Cosson, 9 rue Saint-Germain-des-Prés [partie de la rue Bonaparte, VIe], breveté depuis le 27 juillet 1818, imprima les Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'Empereur (1830-1831, 6 vol. in-8).



Barbier fut l'imprimeur des Mémoires de Brissot, membre de l'Assemblée législative et de la Convention nationale (1830-1832, 4 vol. in-8), dont les deux derniers tomes portent l'adresse du 22 rue Neuve-des-Petits-Champs [rue des Petits Champs, IIe].

Sur le crédit de 30.000.000 créé par la loi du 9 octobre 1830, Ladvocat obtint du trésor public un prêt de 40.000 francs. En échange, il souscrivit à l'ordre du caissier central du trésor des billets qui, à leur échéance, n'ont pas été payés. Suivant acte passé devant Me Chaudron, notaire à Paris, les 1er et 31 décembre 1830, Ladvocat donna, en nantissement au trésor, pour le garantir, divers ouvrages de librairie, et, de plus, la moitié de la propriété littéraire des Ducs de Bourgogne, estimée par le jury d'équité à la somme de 6.000 francs.

En 1831, Barbier imprima pour Ladvocat Paris en province et la province à Paris, par MME GTTE Ducrest (1831, 3 vol. in-8). 


Cosson imprima La Contemporaine en Égypte. Pour faire suite aux souvenirs d'une femme (1831, 6 vol. in-8), écrit par Villemarest et qui n'eut aucun succès, et Seize mois ou La Révolution et les Révolutionnaires […]. Par N. A. de Salvandy (1831, in-8).


Firmin Didot frères imprimèrent les Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (1831-1832, 8 vol. in-8), dont les tomes VII et VIII portent l'adresse du 2 rue de Chabannais [rue Chabanais, IIe] ; ils seront continués jusqu'en 1835 et jusqu'au tome XVIII, par Mame-Delaunay, 25 rue Guénégaud [VIe], puis Louis Mame, à la même adresse :

« Les Mémoires de la duchesse d'Abrantès ne devaient d'abord se composer que de 4 volumes in-8°. Un traité intervint entre elle et son libraire, M. Ladvocat, le 11 juillet 1830, par lequel le prix de l'ouvrage fut stipulé payable partie comptant, partie en billets. Il fut expressément convenu qu'en cas de retard dans les paiemens, Mme d'Abrantès rentrerait dans la libre disposition de la partie de son manuscrit qui ne serait pas encore livrée à l'impression. Différens effets furent souscrits par le libraire, et avant l'échéance de la plupart d'entre eux, un nouveau traité intervint pour la publication de six nouveaux volumes, et l'on y maintint la clause du traité primitif, relative aux conséquences de non paiement. Après avoir vainement patienté, et accordé des facilités qui n'eurent pas le résultat qu'elle attendait, Mme d'Abrantès, s'appuyant de la clause qui lui maintenait ses droits, traita, pour les 4 derniers volumes de ses Mémoires, avec un nouveau libraire, le sieur Mame. Dès qu'il eut connaissance de ce traité, M. Ladvocat attaqua Mme d'Abrantès et le nouvel éditeur, afin d'obtenir contre eux condamnation à la remise du manuscrit des 4 derniers volumes des Mémoires, sinon 20,000 francs de dommages-intérêts, et en outre 100 francs par chaque jour de retard. M. Léon Duval a soutenu ces conclusions devant la 1re instance. Me Patorni, avocat de la duchesse d'Abrantès, les a combattues avec succès. Le tribunal, reconnaissant que les divers traités stipulés entre le demandeur et la défenderesse n'avaient pas été exécutés, et que celle-ci rentrait dans son droit de disposer de son manuscrit, a déclaré M. Ladvocat non recevable et mal fondé dans ses demandes contre la duchesse d'Abrantès et M. Mame, libraire, et l'a condamné aux dépens. » [sic]
(Feuilleton du Journal de la librairie, samedi 11 mai 1833, p. 5)


En août 1831, cent soixante-et-un auteurs déclarèrent venir en aide à Ladvocat en lui donnant chacun au moins deux chapitres qui composeraient un ouvrage intitulé Le Diable boiteux à Paris, ou Paris et les Mœurs comme elles sont. L'ouvrage devint Paris, ou Le Livre des cent-et-un (1831-1834, 15 vol. in-8), dont les tomes VIII à XV portent l'adresse du 2 rue de Chabannais, qui fut imprimé par Firmin Didot frères ; la vignette de titre fut gravée par Thompson, d'après Henry Monnier :

« la librairie éditante, la librairie de Ladvocat, que Ladvocat a poussée jusqu'à ses colonnes d'Hercule, cette librairie qui marche, flanquée de prospectus, de larges affiches ; adroite, audacieuse, saluant le public, lui mettant le titre d'un livre sous les yeux, à toutes les heures, dans tous les endroits, sur sa porte, dans son journal, au spectacle, à la Bourse, sous sa serviette, partout. Livre des Cent-et-Un, souscription littéraire, honorable pour ceux qui l'ont faite, honorable pour celui qui la mérite, vous serez un monument durable de l'appui généreux prêté par la littérature à l'éditeur qui lui a beaucoup donné. »
(Frédéric Soulié. La Librairie à Paris. In Paris, ou Le Livre des cent-et-un. Paris, Ladvocat, 1832, t. IX, p. 317-318)

Mais le 27 janvier 1832, le Tribunal de commerce de Paris déclara Ladvocat en état de faillite : elle fut suivie d'un concordat par lequel les créanciers lui firent remise de 90 pour 100 ; les 10 pour 100 restant furent stipulés payables en huit années par huitième ; mais Ladvocat ne put effectuer que les trois premiers paiements, et ses créanciers ne reçurent que 3 fr. 75 c. pour 100. Il quitta le quai Voltaire pour un appartement situé d'abord au 22 rue Neuve-des-Petits-Champs, puis au 2 rue de Chabannais, dans le même immeuble, à l'angle des deux rues : 


Frontispice

La Conspiration de Cellamare. Épisode de la Régence. Par J. Vatout (1832, 2 vol. in-8, 2 portr.) fut imprimée par Firmin Didot frères.

Frontispice, t. I

En 1833, Jean Casimir, 12 rue de la Vieille-Monnaie [IVe, supprimée], breveté depuis le 27 décembre 1822, imprima les Mémoires de Mademoiselle Avrillion, première femme de chambre de l'Impératrice (1833, 2 vol. in-8, portr. et fac-similé) et les Mémoires du cardinal Pacca, sur la captivité du Pape Pie VII […] ; traduits de l'italien […]. Par L. Bellaguet (1833, 2 vol. in-8).


Le Népenthès. Contes, nouvelles et critiques, par M. Loève-Veimars (1833, 2 vol. in-8), fut imprimé par Firmin Didot frères.
André Éverat, 16 rue du Cadran [rue Léopold Bellan, IIe], breveté depuis le 1er avril 1811, imprima Les Enfans [sic] d'Édouard tragédie en trois actes et en vers, par M. Casimir Delavigne (1833, in-8) 





et Les Cent-et-Une Nouvelles nouvelles des cent-et-un (1833, 2 vol. in-8, 101 vign.), dont le prospectus, imprimé par Firmin Didot frères, porte la signature de « C. Ladvocat », qu'on doit traduire par « Camille Ladvocat » et non par « Charles Ladvocat », comme l'a prétendu Edmond Werdet (De la librairie française. Paris, E. Dentu, 1860, p. 233).
En effet, la révolution de Juillet ayant précipité sa ruine, Ladvocat s'en était allé demeurer avec Madame Camille, qui devint une couturière célèbre : appelé « Monsieur Camille » par les ouvrières et certaines clientes, Ladvocat adopta ce prénom.

Le 18 février 1834, le Tribunal de commerce de Paris déclara Ladvocat une nouvelle fois en état de faillite : il obtint un nouveau concordat par l'abandon de son actif qui, réalisé, produisit pour ses créanciers un dividende de 2 centimes ½ p. 100.


Casimir imprima Les Voisins de l'autre côté, par l'auteur d'Élisa Riwers (1834, 2 vol. in-8).

En 1835, Fain imprima Saphira, ou Paris et Rome sous l'Empire. Par M. Kératry (1835, 3 vol. in-8). Casimir imprima pour Ladvocat et Bohaire, 10 boulevard des Italiens [IXe], les Mélanges historiques et littéraires, par M. le baron de Barante (1835, 3 vol. in-8) 


et l' Histoire du royaume de Naples, depuis Charles VII jusqu'à Ferdinand IV. […]. Traduite de l'italien sur la 4e édition par Ches Lefèvre et L** B** (1835-1840, 4 vol. in-8).

Au cours du premier trimestre de l'année 1835, Louis-André Corbet « aîné », libraire 61 quai des Augustins [quai des Grands Augustins, VIe], acquit de Ladvocat les restants d'éditions de onze ouvrages : Mémoires d'une contemporaine (8 vol. in-8), La Contemporaine en Égypte (6 vol. in-8), Mémoires de Mademoiselle Avrillion (2 vol. in-8), Mémoires de Brissot (4 vol. in-8), Mémoires contemporains, contenant ceux des impératrices Joséphine et Marie-Louise, de Napoléon, du duc de Rivière, etc. (8 vol. in-8), 13e livraison des Œuvres complètes de M. le vicomte de Chateaubriand, contenant les « Études historiques » et « Moïse » (6 vol. in-8), La Conspiration de Cellamare (2 vol. in-8), Histoire de Charles Édouard (2 vol. in-8), Seize mois ou La Révolution (in-8), De l'origine, de la nature et des progrès de la puissance ecclésiastique en France (in-8), Les Voisins de l'autre côté (2 vol. in-8).

Le 12 décembre 1835, alors qu'il était à Londres pour affaires, Ladvocat fut sinistré à Paris :

« Un incendie considérable a éclaté ce matin, à dix heures et demie, rue du Pot-de Fer, n° 14. La vaste cour de cette propriété était entourée de constructions légères qu'habitaient des brocheurs et des assembleurs de livres, ou qui servaient de magasin à la librairie de Paris, et renfermaient un nombre immense d'ouvrages en feuilles.
Le feu a pris, dit-on, dans les ateliers de brochage de M. Perrotet ; une feuille tombée de l'étendage auprès de la porte du poêle a communiqué la flamme à toutes les autres. Les pompiers sont accourus ; mais les papiers qui servaient d'aliment aux flammes et la nature des constructions propageaient l'incendie avec une effrayante rapidité.
Malheureusement le froid de la nuit avait gelé les conduits des fontaines, et dans les premiers momens on manquait d'eau. Cependant l'expérience des pompiers et le zèle des citoyens ont bientôt organisé des moyens de secours. M. le maire du onzième arrondissement, le colonel et le lieutenant-colonel de la légion, M. Pernot, commandant du 1er bataillon, un capitaine d'état-major de la garde nationale, M. Legris, capitaine d'état-major de la place, et M. Prunier-Quatremère, commissaire de police du quartier, se sont trouvés des premiers sur les lieux avec un grand nombre de gardes nationaux.
Le préfet de police et le préfet de la Seine y sont arrivés quelques momens après. Tout le 6e régiment d'infanterie, officiers et soldats, y était déjà venu de la rue Mouffetard. Quant aux étudians ecclésiastiques qui habitent le séminaire Saint-Sulpice, et aux gardes municipaux qui ont une caserne rue de Tournon, ils furent presque aussitôt arrivés qu'avertis.
Gardes nationaux et soldats, artisans et séminaristes, rivalisaient de zèle pour former des chaînes, traîner des tonneaux et manœuvrer les pompes. On a vu même des femmes prendre rang dans la chaîne et ne la quitter qu'épuisées de fatigue. Mais lorsque tant d'habitans s'honoraient par un empressement respectable, d'autres ne voyaient qu'un spectacle dans un pareil évévement : des hommes et des femmes contemplaient du haut des tours Saint-Sulpice les toits embrâsés et les bâtimens s'écroulant dans des tourbillons de fumée.
On doit aux séminaristes une justice que tout le monde aimait à leur rendre. On ne saurait montrer plus d'activité et de dévouement. Les meubles qu'on arrachait aux flammes, les marchandises enlevées de chez un épicier, les livres qu'on pouvait transporter des magasins ont été mis en dépôt dans le séminaire.
Toute l'habileté des pompiers, qui ont déployé leur courage et leur sang-froid ordinaires, a dû se réduire à concentrer le feu dans les bâtimens en pans de bois, que leur construction condamnait, pour ainsi dire, aux flammes. A une heure on était complètement maître du feu, et les maisons voisines n'avaient plus rien à craindre.
Indépendamment de la ruine des bâtimens, qui appartenaient à Mme la comtesse des Brosses, ce déplorable événement cause une perte immense au commerce de la librairie. On évalue à plus de 1 million 500,000 fr. les résultats du sinistre. S'il peut y avoir quelques motifs de consolation dans un pareil désastre, c'est que du moins personne n'a péri. Deux pompiers ont été légèrement blessés, l'un à la main, l'autre au visage. » [sic]
(Journal des débats politiques et littéraires, dimanche 13 décembre 1835, p. 2)


« Le libraire Ladvocat, qui se trouve en ce moment à Londres, a fait une perte considérable dans l'incendie de la rue du Pot-de-fer. Cinq ou six cents exemplaires de l'Histoire du royaume de Naples, par le général Colletta, ont été consumés, avec quinze cents autres d'un volume des Mémoires du Prince de la Paix, qui se trouvaient dans les ateliers d'assemblage et de brochure. Du reste, toutes les mesures sont prises pour que cet ouvrage paraisse le 25 décembre. »
(Journal des débats politiques et littéraires, mardi 15 décembre 1835, p. 3)

Rentré de Londres le 25 décembre 1835, Ladvocat écrivit au rédacteur du Journal des débats le lendemain :
« L'incendie de la rue du Pot-de-Fer, qui a fait tant de malheureux, ne m'a pas épargné non plus. J'ai appris ce désastre à Londres où m'avait appelé une affaire majeure, le besoin de m'entendre avec M. le prince de Canino (Lucien-Bonaparte), sur la publication de ses Mémoires, auxquels l'illustre auteur met en ce moment la dernière main ; j'ai l'espoir d'offrir bientôt cet important ouvrage à l'impatience des personnes qui attendent depuis si long-temps les révélations historiques de ce frère de Napoléon. Ce n'est qu'à mon retour à Paris, c'est-à-dire depuis hier seulement, que j'ai pu connaître la grandeur de la perte que m'a causé l'incendie ; une partie considérable des livres édités par moi depuis un an a été la proie des flammes, et notamment la première livraison des Mémoires du Prince de la Paix, qui devait paraître le 20 de ce mois, et dont la publication aura certainement lieu le 18 janvier prochain.
Je serais doublement à plaindre, Monsieur, si je n'obtenais, dans cette fâcheuse circonstance, une part de la vive sympathie à laquelle ont droit toutes les victimes de cette affreuse calamité. »
(Journal des débats politiques et littéraires, lundi 28 décembre 1835, p. 3)

« Nous n'avons point à nous justifier des retards qui ont été apportés à la publication DES DEUX PREMIERS VOLUMES DE CES MÉMOIRES : nos motifs d'excuse sont malheureusement trop légitimes, et le public lui-même, loin d'en contester la valeur, a été le premier à déplorer les nouveaux revers qui sont venus nous frapper.
Notre promptitude à réparer des pertes impossibles à prévoir, témoignera du prix que nous attachons à satisfaire l'impatience des lecteurs ; nous n'avons reculé devant aucun sacrifice pour hâter la réimpression de cette première livraison, et le peu de jours qui se sont écoulés depuis le désastre, sembleront peut-être une preuve suffisante de notre zèle et de notre activité.
Toutefois, si nous sommes parvenus à reproduire en si peu de temps le texte de cette première partie des Mémoires, il n'en pouvait être de même pour les portraits lithographiés dont elle était accompagnée. Les flammes les ayant consumés, et le premier tirage ayant épuisé les pierres, nous nous sommes décidés à faire graver nos portraits sur acier, par les artistes les plus célèbres de Londres, afin de pouvoir répondre promptement au vœu de tous nos souscripteurs, dont le nombre s'était considérablement augmenté depuis l'incendie : cette circonstance nous force à publier ensemble les six portraits avec la deuxième livraison de l'ouvrage, qui paraîtra vers la fin de février prochain. »
(Au public, le libraire éditeur. In Mémoires du prince de la paix. Paris, Ladvocat, 1836, t. I, p. II-III)

Les magasins étaient assurés : Ladvocat n'obtint donc aucune indemnité de la part de la Commission des secours pour les incendiés.

En 1836, Casimir imprima Les Aventures d'un renégat écrites sous sa dictée, par H. Arnaud (1836, 2 vol. in-8), Le Château de Saint-Germain par H. Arnaud (1836, 2 vol. in-8) 


et les Mémoires du prince de la paix Don Manuel Godoy […], traduits en français d'après le manuscrit espagnol par J.-G. d'Esménard (1836, 4 vol. in-8), édités avec Richard Bentley, Londres, et Casimir Monnier, Madrid.
Éverat imprima les Mémoires du chevalier d'Éon […] ; par Frédéric Gaillardet (1836, 2 vol. in-8) et les Mémoires sur la reine Hortense et la famille impériale, par Mademoiselle Cochelet (1836-1838, 4 vol. in-8) dont les tomes III et IV portent l'adresse du 241 place du Palais-Royal [Ier].
En 1837, Éverat imprima le Voyage du maréchal duc de Raguse (1837, 4 vol. in-8). Fain imprima Le Faubourg ST-Germain, par M. le comte Horace de Viel Castel (1837, 2 vol. in-8).


Ce ne fut qu'au troisième trimestre de 1837 que Ladvocat déménagea au 241 place du Palais-Royal et que Casimir commença l'impression de l'Histoire des salons de Paris […]. Par la duchesse d'Abrantès (1837-1838, 6 vol. in-8).

En 1838, Ladvocat constitua une Société en commandite pour l'exploitation de la librairie historique, sous la raison sociale C. Ladvocat et compagnie, au capital de 200.000 francs.

Aux armes de Marie-Louise, impératrice.
Christie's, Paris, 21 avril 2010 : 5.250 €

Fain fut l'imprimeur de L'Espagne sous Ferdinand VII, par le marquis de Custine (1838, 4 vol. in-8), de Madame la duchesse, par M. le comte Horace de Viel Castel (1838, 2 vol. in-8) et de Mademoiselle de Verdun, par M. le comte Horace de Viel Castel (1838, 2 vol. in-8).


Les Mémoires et pérégrinations d'une paria 1833-1834. Par MME Flora Tristan (1838, 2 vol. in-8, 2e éd.) furent imprimés par Madame Huzard, 7 rue de l'Éperon [VIe] : il n'y a pas eu réimpression de l'ouvrage, mais seulement substitution de nouveaux titres à ceux qui portaient le nom de Arthus Bertrand, 23 rue Hautefeuille [VIe].
Les Mémoires d'un prisonnier d'État au Spielberg. Par A. Andryane (1838, 4 vol. in-8) furent imprimés par Auguste Desrez et Cie, 24 rue Lemercier [XVIIe].

Ce fut aussi Desrez qui imprima Mannarino ou Malte sous les chevaliers. (1775.) par A. de Kermainguy (1839, 2 vol. in-8). Les Bourbons de Goritz et les Bourbons d'Espagne, par le comte Robert de Custine (1839, in-8) furent imprimés par Fain. 


Casimir fut l'imprimeur de deux ouvrages du marquis de Custine : Mémoires et voyages (1839, 2 vol. in-8) et Éthel (1839, 2 vol. in-8).

Dauriat, par E. Lampsonius
In "Un grand homme de province à Paris"
Œuvres illustrées de Balzac. Paris, Maresque et Havard, 1852

C'est en 1839 que Balzac publia la deuxième partie des Illusions perdues, où il décrit les galeries de bois du Palais-Royal et dresse le portrait de Ladvocat, sous le nom de « Dauriat », « le libraire fashionable » :

« A cette époque, les Galeries de Bois constituaient une des curiosités parisiennes les plus illustres. Il n'est pas inutile de peindre ce bazar ignoble, car, pendant trente-six ans, il a joué dans la vie parisienne un si grand rôle, qu'il est peu d'hommes âgés de quarante ans à qui cette description, incroyable pour les jeunes gens, ne fasse encore plaisir.
En place de la froide, haute et large galerie d'Orléans, espèce de serre sans fleurs, se trouvaient des baraques, ou, pour être plus exact, des huttes en planches, assez mal couvertes, petites, mal éclairées sur la cour et sur le jardin par des jours de souffrance appelés croisées, mais qui ressemblaient aux ouvertures les plus sales des guinguettes hors barrière. Une triple rangée de boutiques y formaient deux galeries. Les boutiques de la rangée sise au milieu donnaient sur les deux galeries, ne tiraient leur jour que des vitrages, et leur air que de la méphitique atmosphère des deux galeries, hautes d'environ douze pieds. Ces boutiques, ou plutôt ces alvéoles, avaient acquis un tel prix par suite de l'affluence du monde, que la largeur de certaines n'excédait pas six pieds, la longueur huit à dix, et leur location coûtait mille écus. Les rangées éclairées sur le jardin et sur la cour étaient protégées par de petits treillages verts, peut-être pour empêcher la foule de démolir, par son contact, les murs en mauvais platras qui formaient le derrière des boutiques. Là donc se trouvait un espace de deux ou trois pieds où végétaient les produits les plus bizarres d'une botanique inconnue à la science, et mêlés à diverses industries non moins florissantes. […] Ces galeries étaient percées au milieu par un passage comme aujourd'hui, et comme aujourd'hui l'on y pénétrait encore par les deux péristyles actuels commencés avant la révolution, et abandonnés faute d'argent. La belle galerie de pierre qui mène au Théâtre-Français formait alors un passage étroit d'une hauteur démesurée et si mal couvert, qu'il y pleuvait souvent. Elle était appelée Galerie Vitrée, pour la distinguer des Galeries de Bois. Les toitures de ces bouges étaient toutes d'ailleurs en si mauvais état, que la Maison d'Orléans eut un procès avec un célèbre marchand de cachemires et d'étoffes, qui, pendant une nuit, trouva des marchandises avariées pour une somme considérable, et le marchand eut gain de cause. Les toitures, en quelques endroits, étaient composées d'une double toile goudronnée. Le sol de la Galerie Vitrée, où Chevet commença sa fortune, et celui des Galeries de Bois étaient le sol naturel de Paris, augmenté du sol factice amené par les bottes ou les souliers des passants. En tout temps, les pieds y heurtaient des montagnes et des vallées de boue durcie, incessamment balayées par les marchands, et qui demandaient aux nouveaux-venus une certaine habitude pour y marcher.
Ce sinistre amas de crottes, ces vitrages encrassés par la pluie et par la poussière, ces huttes plates et couvertes de haillons au dehors, la saleté des murailles commencées, cet ensemble de choses qui tenait du camp des Bohémiens, des baraques d'une foire, des constructions provisoires dont Paris entoure les monuments qu'on ne bâtit pas, cette physionomie grimaçante allait admirablement aux différents commerces qui grouillaient sous ce hangar impudique, effronté, plein de gazouillements et d'une gaîté folle, où depuis la révolution de 1789 jusqu'à la révolution de 1830, il s'est fait d'immenses affaires. […] Il n'y avait là que des libraires, de la poésie, de la politique et de la prose, des marchandes de modes et des filles qui venaient seulement le soir. Là fleurissaient les nouvelles et les livres, les jeunes et les vieilles gloires, les conspirations de la tribune et les mensonges de la librairie. Là se vendaient les nouveautés au public, qui s'obstinait à ne les acheter que là. […] Jusqu'au jour où périt cette étrange colonie sous le marteau de l'architecte Fontaine, les boutiques sises entre les deux galeries furent entièrement ouvertes, soutenues par des piliers comme les boutiques des foires de province, et l'œil plongeait sur les deux galeries à travers les marchandises ou les portes vitrées. Comme il était impossible d'y avoir du feu, les marchands n'avaient que des chaufferettes, ils faisaient eux-mêmes la police du feu : une imprudence pouvait enflammer en un quart d'heure cette république de planches desséchées par le soleil et comme enflammées déjà par la prostitution, encombrées de gaze, de mousseline, de papiers, et soufflées par des courants d'air.
[…] Les libraires et les marchandes de modes vivaient en bonne intelligence.
Dans le passage, nommé si fastueusement la Galerie Vitrée, se trouvaient les commerces les plus singuliers. Là s'établissaient les ventriloques, les charlatans de toute espèce, les spectacles où l'on ne voit rien et ceux où l'on vous montre le monde. […]
Le matin, jusqu'à deux heures après midi, les Galeries de Bois étaient muettes, sombres et désertes. Les marchands y causaient comme chez eux. Le rendez-vous que s'y est donné la population parisienne ne commençait que vers trois heures, à l'heure de la Bourse. Dès que la foule venait, il se pratiquait des lectures gratuites à l'étalage des libraires par les jeunes gens affamés de littérature et dénués d'argent. Les commis chargés de veiller sur les livres exposés laissaient charitablement les pauvres gens tourner les pages. […]
Ce terrible bazar brillait de toute sa poésie à la tombée du jour. Des rues adjacentes, allaient et venaient un certain nombre de filles qui pouvaient s'y promener sans rétribution. De tous les points de Paris, une fille accourait faire son Palais. Les Galeries de Bois étaient le Palais par excellence, mot qui signifiait le temple de la prostitution. Les Galeries de Pierre appartenaient à des maisons privilégiées qui payaient le droit d'exposer des créatures habillées comme des princesses, entre telle ou telle arcade, et à la place correspondante dans le jardin. Les Galeries de Bois étaient pour la prostitution, un terrain public. […]
Le libraire Ladvocat s'était établi depuis quelques jours à l'angle du passage qui partageait ces Galeries par le milieu, devant Dauriat, jeune homme maintenant oublié, mais audacieux, et qui défricha la route où brilla depuis son concurrent. La boutique de Dauriat se trouvait sur une des rangées donnant sur le jardin, et celle de Ladvocat était sur la cour. Divisée en deux-parties, la boutique de Dauriat offrait un vaste magasin à sa librairie, et l'autre lui servait de cabinet.
[…]
- [...] Moi, je ne m'amuse pas à publier un livre, à risquer deux mille francs pour en gagner deux mille, je fais des spéculations en littérature : je publie quarante volumes à dix mille exemplaires, comme Panckoucke, comme les Beaudouin. Ma puissance et les articles que j'obtiens poussent une affaire de cent mille écus au lieu de pousser un volume de deux mille francs. Il faut autant de peine pour faire prendre un nom nouveau, un auteur et son livre, que pour faire réussir les Théâtres Étrangers, Victoires et Conquêtes, ou les Mémoires sur la révolution qui sont une fortune. Je ne suis pas ici pour être le marchepied des gloires à venir, mais pour gagner de l'argent et pour en donner aux hommes célèbres. Le manuscrit que j'achète cent mille francs est moins cher que celui dont un inconnu me demande six cents francs ! Si je ne suis pas un Mécène, j'ai droit à la reconnaissance de la littérature, j'ai fait déjà hausser de plus du double le prix des manuscrits. […] - Si je causais avec tous les auteurs qui veulent que je sois leur éditeur, il faudrait fermer ma boutique, je passerais mon temps en conversations extrêmement agréables, mais beaucoup trop chères. Je ne suis pas encore assez riche pour écouter les monologues de chaque amour-propre. Ça ne se voit qu'au théâtre dans les tragédies classiques. Le luxe de la toilette de ce terrible Dauriat appuyait, aux yeux du poète de province, ce discours cruellement logique. » [sic]
(H. de Balzac. Un grand homme de province à Paris, scène de la vie de province. Paris, Hippolyte Souverain, 1839, t. I, p. 193-227)

En 1840, Ladvocat fit imprimer par Schneider et Langrand, 1 rue d'Erfurth [VIe, supprimée en 1866], une nouvelle édition de l' Histoire du royaume de Naples, qui est intitulée Histoire de Naples depuis Charles VI [sic] jusqu'à Ferdinand IV […] ; traduite de l'italien par MM. B. et Lefebvre (1840, nouvelle édition, 4 vol. in-8, portr.).


Il fit encore imprimer par Eugène Dépée, à Sceaux [Hauts-de-Seine], une seconde édition des Mémoires sur la reine Hortense et la famille impériale, par Mademoiselle Cochelet (1841-1842, 2e éd., 4 vol. in-8).

Les tentatives de Ladvocat pour renouer avec le succès furent vaines : les lecteurs achetaient désormais leurs livres chez Gosselin et chez Renduel. Ladvocat abandonna définitivement la librairie.

Le Trésor ayant assigné Ladvocat devant le tribunal de commerce en paiement intégral des 40.000 francs prêtés, de la valeur du gage qui lui avait été donné et en dommages-intérêts, le jugement du 10 août 1843 repoussa la demande en paiement de la totalité de la créance et condamna seulement Ladvocat par corps à payer 6.000 fr., montant de la valeur du gage, et aux dépens pour tous dommages-intérêts. Dans ses attendus, le tribunal n'a retenu que deux faillites [1832 et 1834] du libraire. Ladvocat ayant fait appel, ce jugement fut confirmé le 20 avril 1844.

Ladvocat était devenu l'associé de Madame Camille. Il se rendit un jour en Espagne, où il reçut le titre de fournisseur des objets d'art de la reine d'Espagne. 

Dessin de Renard, gravé par Lavieille
In L'Illustration, 14 août 1852, p. 101

En 1851, il présenta à la reine d'Espagne un divan-jardinière pour le palais de Madrid, qu'il avait composé et qu'il avait fait exécuter par Thomire, pour les bronzes, et par Sallandrouze, pour la tapisserie. Le même meuble fut exécuté pour le prince-président de la République Louis-Napoléon Bonaparte, au palais de Saint-Cloud, dans le salon de Mars.

Ladvocat végéta jusqu'au dernier jour de sa vie. 

Hôtel-Dieu de Paris en 1859

Il finit par tomber malade et dut quitter son appartement de quatre pièces du 48 rue de Provence [IXe] pour l'Hôtel-Dieu [IVe]. Celui qui avait été le plus grand éditeur de la Restauration mourut, seul, abandonné de tous, des complications d'un ictère, le 4 septembre 1854. Il fut enterré dans la fosse commune, le titre de la concession qu'il avait achetée au cimetière du Père-Lachaise ayant été perdu. Madame Camille l'aurait fait retirer de cette fosse et transporter dans un cimetière, introuvable, où un monument convenable aurait été érigé sur sa tombe.
Son ami Jules Janin fut le seul à publier un article nécrologique dans le Journal des débats du lundi 11 septembre 1854.

Devenue aveugle, Madame Ladvocat bénéficia des secours du gouvernement et d'une souscription ouverte par Simon-Alexandre Ledoyen, éditeur-libraire au Palais-Royal, 31 galerie d'Orléans. Elle décéda en son domicile, 42 rue de Sèvres [VIIe], le 27 mai 1862.


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